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Entretien avec Olivier ROY, Moniteur de tennis au TCG de 2005 à 2009

Updated: Dec 17, 2022


Olivier ROY est, avec Laurent Boillet, le moniteur qui a le plus marqué l’histoire du club, sur les 7 que le club a connus. Investi à fond dans l’enseignement du tennis, autant mentalement que physiquement, il est vite intégré au TCG. Les résultats en compétions des jeunes sont excellents, avec notamment les titres de championne de Normandie de Camille Pic. Les compétiteurs du club, ayant bénéficié de ses entrainements, pendant 5 saisons, de 2005 à 2009, se souviennent de l’intensité des efforts physiques, mais aussi de la progression de leurs classements.


Parti à Niort en 2021, Olivier exerce ensuite 2 ans en Guadeloupe, puis revient à Niort. Son enthousiasme pour le tennis est intact. Par exemple, sa remarque sur un nombre de licenciés en Serbie, vainqueur de la Coupe Davis, inférieur au nombre de licenciés dans son petit département des Deux-Sèvres pose question. Il apporte une réponse pertinente sur les méthodes d’entrainement dans ces pays de l’Europe de l’Est, bien différentes de celles de la France.














Cécile, Olivier, Camille et JP



H1 2007 Olivier entre Bastien Rambert, François Cavael, Yohan Reich, Fabien Campello


* Bernard Vannier : Quel est le chemin qui t’amène au tennis, puis au diplôme de Moniteur ?

- Olivier Roy :

J’ai débuté le tennis vers 7/8 ans dans un petit club rural du Sud de la Manche (TC Tessy sur Vire) où on jouait dans un gymnase. Je jouais 1 heure par semaine et j’ai fait mes premiers petits tournois vers 11 ans. J’aimais bien le tennis mais le football que je pouvais pratiquer avec mes copains me plaisait plus. Déjà à cette époque, l’aspect « pratique » du foot faisait que l’on pouvait y passer beaucoup de temps, en particulier les mercredis et les samedis. J’ai donc pratiqué football et tennis en parallèle.

Au tennis, je devais avoir quelques aptitudes, car mon entraîneur, qui exerçait sur un autre club, m’avait proposé d’intégrer un club mieux structuré avec des enfants de mon niveau. Je n’avais pas franchi le pas, car je souhaitais rester avec mes copains. Mes parents, bien que m’accompagnant sur quelques tournois, ne me poussaient pas trop.

Vers 14 ans, j’ai arrêté le football pour deux raisons principales. Tout d’abord, pour respecter les catégories d’âge, une année sur deux, je jouais dans une équipe assez performante avec mes copains et l’autre année dans une équipe nettement moins motivante. L’autre raison est que j’acceptais difficilement la défaite, et perdre en équipe était encore plus compliqué que de perdre tout seul. Déjà j’avais du mal à comprendre que mes partenaires ne fassent pas tous les efforts sur le terrain, alors que moi je donnais tout.

J’ai donc poursuivi le tennis dans mon petit club jusqu’en classe de 3ème où je devais être classé 30/1. Petit souvenir : à une époque où classement jeunes et adultes se valaient, j’avais le sentiment d’avoir battu des joueurs très forts en battant mon premier 30/1 et mon premier 15/5 ! A mon entrée au lycée, j’ai changé de club pour le TC St-Lô, où j’ai pu jouer avec des partenaires plus forts et surtout, améliorer ma technique qui était très sommaire. J’ai ainsi un peu rattrapé mon retard au classement et je suis monté 15/3 puis 15 l’année suivante.

Mon bac obtenu, je suis ensuite parti pour la faculté de Maths de Caen puis la faculté de Sciences Naturelles à Poitiers. Durant mes années d’études Scientifiques, je jouais un peu au tennis et mon niveau de jeu stagnait entre 15/1 et 15/2. A la fin de mes études, ne trouvant pas de travail dans ma branche (protection de l’environnement), j’ai donné mes premiers cours de tennis en tant qu’initiateur dans un petit club de Poitiers, sous la houlette et sur les conseils de Samuel Pradeau, entraîneur passionné, très compétant et reconnu. Il a beaucoup compté, à la fois comme modèle et dans mon orientation vers la profession d’éducateur sportif. Durant ces années 1998/1999, je me suis entraîné plus sérieusement et j’ai atteint le classement de 3/6.

Début 1999, afin d’occuper un « emploi stable », je pars à Rouen au sein de l’administration des Finances. Comprenant vite que le travail du bureau n’est pas pour moi, je passe mon BE1 en candidat libre. J’obtiens la partie tronc commun en juin 1999 et la partie spécifique validant l’obtention du diplôme en 2001. Durant mes deux années rouennaises, j’ai joué dans au club du TC Rouen et de Sotteville-lès-Rouen et je garde encore aujourd’hui de très bons souvenirs de ces deux années où entre autres, j’ai pu rencontrer des entraîneurs et des présidents du club très investis.


* B.V. : Notre première rencontre, en mars 2004, est de suite très positive. Après le départ brutal fin 2003 de notre moniteur, Laurent Boillet, vers la profession d’agent immobilier, le club assure la continuité de son école de tennis avec les éducateurs en place, tout en recherchant activement un autre moniteur. La pression est d’autant plus forte que je suis accusé, comme président de club, de ne pas respecter la loi, par le syndicat des moniteurs de tennis, qui exige l’embauche immédiate d’un Moniteur BE, alors qu’en pleine saison, aucun n’est candidat. Exerçant au club des Andelys, tu entends cette recherche et m’indiques alors ton intérêt vu les structures du club gisorsien, mais tu me préviens n’être disponible qu’en septembre, afin de ne pas pénaliser à son tour le club des Andelys. Cette attitude, honorable, au risque de perdre cette opportunité, ne pouvait que me conforter dans notre choix. Comment as-tu vécu tes saisons aux Andelys et ton arrivée à Gisors ?


- O.R. : Pour mes débuts en tant que moniteur, j’ai exercé à la fois aux clubs des Andelys et de Pont St Pierre. Etant conscient de quelques lacunes concernant l’enseignement, je me souviens avoir acheté et lu de nombreux livres sur le sujet. Peu à peu j’ai acquis de l’expérience et dans ces années, la ligue de Normandie et le comité de l’Eure organisaient de nombreuses sessions de formation continue que je pense avoir toutes suivies. Je garde le souvenir de rendez-vous très enrichissants avec notamment un partage de visions entre enseignants.

Les deux clubs des Andelys et de Pont St Pierre avaient sensiblement le même profil avec des bureaux directeurs investis et conviviaux. Il s’agissait pour moi d’encadrer et d’animer une école de tennis « classique » au sein de laquelle chaque joueur bénéficiait du « traditionnel » cours hebdomadaire. Avec le recul, et j’y reviendrais plus tard, j’y ai entraîné des jeunes avec des potentiels intéressants et, au final, aucun de ces jeunes n’a atteint le niveau en correspondance avec leur qualité de départ en raison principalement du programme insuffisant, qui était proposé à ces jeunes pourtant motivés.

Ensuite, comme tu l’explique, Bernard, vers janvier 2004, j’ai eu l’information que le TC Gisors que je connaissais surtout en tant que joueur de tournois, cherchait un nouveau moniteur depuis décembre, avec début immédiat. Je t’avais appelé pour connaître le profil du poste tout en sachant dès le départ que je ne quitterai pas mes deux clubs en cours de saison. Au début de cette année 2004, la question du poste de moniteur au TCG était souvent évoquée entre enseignants et dirigeants du département.

Lorsque j’ai su que le club cherchait de nouveau un moniteur pour la rentrée de septembre 2004, j’ai postulé à ce poste. Je savais le club bien structuré, ambitieux sportivement et surtout riche de ses nombreux adhérents. J’ai donc été choisi et je me souviens que suite aux difficultés rencontrées l’année précédente, il y avait une attente importante envers le nouvel enseignant principal et j’avoue qu’au début, je me suis mis pas mal de pression. J’ai aussi découvert une organisation et une structuration de club bien différentes de ce que je connaissais aux Andelys, ville pourtant de taille sensiblement similaire à celle de Gisors. Preuve en est que ce sont les personnes (dirigeants et enseignants) qui font qu’un club « fonctionne » plus ou moins.

Durant mes premières années au club, je me souviens avoir beaucoup échangé avec toi et Michel Guéry qui était très présent à tes côtés. A mon arrivée, je me souviens aussi que l’empreinte de Laurent était encore très présente et j’ai essayé d’apporter une touche un peu différente en essayant d’accorder de l’importance à l’intensité des séances.


* B.V. : En 2005, le record de titres pour le TCG est battu avec 9 champions de l’Eure et 1 de Normandie. Ces performances sont, bien sûr liées au travail technique de ton prédécesseur, Laurent Boillet, mais aussi au renforcement physique, que tu instaures avec efficacité. Je me souviens des « sympathiques » pénalités (10 pompes, 10 saut en extension…) au bord du court, si on ne réussissait pas l’échange que tu demandais. La motivation, dans le plaisir du jeu, semble l’une des bases de ta pédagogie. Qu’en penses-tu ?


- O.R. : Il est vrai que la notion de plaisir doit être au cœur de notre enseignement car apprendre à jouer et ensuite progresser sont des processus qui prennent du temps. Sans plaisir, le joueur va vite se décourager et se lasser. Au tennis, le plaisir peut prendre plusieurs formes et chacun peut y trouver son compte. A la base, frapper dans une balle est très ludique, faire courir l’autre l’est également. Certains joueurs prendront plus plaisir à l’aspect technique du jeu, d’autres plus à son aspect dépense physique ; bref je crois que par essence le tennis permet de maintenir cette notion de plaisir de jouer.

Pour déborder de ta question, je considère aussi que mon rôle, en parallèle de celui de technicien du tennis est aussi d’encourager nos adhérents et nos jeunes en particulier à aimer le sport en général. Dans une société où le goût de l’effort est plutôt sur le déclin et où les performances physiques d’ensemble de nos jeunes diminuent d’année en année, je crois que nous devons en tant qu’éducateur sportif tout faire pour que nos jeunes apprécient l’effort sportif. Et je pense que, comme moi, tu es d’accord pour estimer que le sport est nécessaire pour conserver une bonne santé physique et mentale.


* B.V. : En septembre, tu gagnes le 33e Tournoi de Gisors, face à Violette, de Méru, également 3/6 et tu montes à 2/6, soit le classement le plus élevé dans l’histoire du club de Gisors. Quelles sont tes victoires dont tu gardes le meilleur souvenir ?


- O.R. : Merci de me rappeler ces souvenirs, car avec le temps, j’ai oublié quelques matchs. Je crois que j’ai gagné le tournoi de Gisors en septembre mais jamais en janvier. N’avoir jamais gagné le tournoi de janvier n’est à mon avis pas uniquement dû aux conditions de jeu (jeu en salle plutôt qu’en conditions extérieurs), ni au niveau de jeu d’adversaires souvent mieux classés au tournoi de janvier par rapport à celui de septembre. Non, je pense plutôt que je me mettais une pression mentale trop importante en particulier lors des 2 ou 3 finales que j’ai jouées en janvier. J’ai le souvenir d’être passé totalement à côté de ces finales. J’ai toujours eu du mal à enchaîner ½ finale le matin et finale l’après-midi mais à Gisors cela a été encore plus le cas. Il n’est d’ailleurs jamais facile de jouer dans son club où l’attente est souvent plus importante.

Pour en revenir à ta question de départ, j’ai en tant que joueur quelques bons souvenirs. Comme je te l’ai dit, ayant eu un niveau en jeune assez moyen, mes meilleurs résultats je les ai eu adulte. J’ai gagné plusieurs fois contre des joueurs classés 0 et cela fait partie de mes meilleurs matchs en terme de niveau de jeu. Je me souviens notamment avoir gagné à 0 contre Nicolas Ebran au tournoi du Vaudreuil, que j’avais gagné (comme Cécile Cavael chez les dames).

Egalement, un soir d’hiver, supporté par Bertrand Longfier, j’avais gagné un très bon match contre un 0 à Viarmes sur surface rapide. Mes derniers bons matchs remontent à mon expérience en Guadeloupe où j’avais joué des joueurs beaucoup plus forts que moi. J’avais perdu tous ces matchs mais je me souviens avoir eu un très bon niveau de jeu. Comme beaucoup, j’avais bien joué contre plus fort…


* B.V. : En 2006, le TCG est le 2e club de l’Eure sur 79, en résultats sportifs et 13e de Normandie sur 471 clubs. Camille Pic est championne de Normandie des 9 ans. Elle renouvelle le titre normand en 2009, 2011 et 2016. Comment évalues–tu sa progression ?


- O.R. : Tout comme avoir été entraîneur au TCG reste à ce jour ma plus belle expérience, avoir entraîné Camille reste pour moi un très bon souvenir. Du fait principalement que Camille était une jeune joueuse pleine de vie et d’enthousiasme. Elle avait toutes les qualités pour réussir dans toutes les disciplines sportives et au tennis en particulier.

Son environnement familial était aussi idéal avec un mélange de soutien et de lucidité quant au fait que le tennis n’était pas tout. Je me pose parfois la question de savoir pourquoi Camille n’a pas été au-delà de 2/6 (je crois). J’estime qu’avec de telles qualités d’ensemble au départ, elle avait tout pour aller plus haut. Lorsque jeune on est la meilleure joueuse d’une grande Ligue de tennis, on peut envisager, tout en faisant de belles études scolaires, atteindre un classement négatif.

Pour tout joueur, le niveau maximum atteint dépend bien sûr de l’investissement consacré par le joueur. Mais je crois que ce sont les rencontres et le parcours de vie qui conditionne une progression plus ou moins importante. J’estime de plus en plus que c’est l’environnement extérieur au joueur qui conditionne majoritairement son niveau de jeu. Je constate que de nombreux jeunes sont plein de qualités mais ces qualités ne se développent que si l’entraîneur, la ou les structures d’entraînement, le club, l’environnement familial le permettent. Le joueur n’a finalement que peu de cartes en main, beaucoup de choses dépendent de son environnement.

Pour en revenir à Camille, elle était très battante dès toute jeune sur un court. Au départ, elle a gagné contre des jeunes filles qui s’entraînaient plus. Sur le terrain elle se dépensait sans compter. Elle adorait courir. Le goût de l’effort était naturel chez elle. Avec du recul, je pense que nous entraîneurs aurions dû plus encourager Camille dans la filière de jeu qui lui plaisait, plutôt que de vouloir la faire jouer « comme tout le monde », à savoir être offensive et frapper fort.

On y gagnerait à tenir beaucoup plus compte des qualités et des envies des jeunes joueurs. Camille aimait défendre et ramener un maximum de balles, nous aurions dû aller dans son sens et l’entraîner dans cette filière (qui permet d’atteindre un très bon niveau, il en existe de nombreux exemple). Cécile était plus une technicienne, qui aimait la frappe de balle et qui aimait le jeu pour le jeu. Camille était plus dans la dépense physique.

Chaque joueur a sa personnalité et on devrait en tenir beaucoup plus compte. Cela permettrait à la fois sûrement d’atteindre de meilleurs résultats et surtout de rendre le jeune heureux et épanoui. D’une manière plus générale, je pense que dans nos clubs, nous devons pouvoir faire mieux en terme d’individualisation, en particulier auprès de nos jeunes (ce qui n’est pas toujours simple lorsque les groupes s’enchaînent.et que les groupes sont parfois chargés).


* BV : En 2007, le TCG est retenu comme « Club Formateur Elite Régionale », ce qui est une reconnaissance forte de ton activité. En plus, capitaine de l’équipe masculine 1ere, tu contribue largement à sa montée en Régionale 1, avec Bertrand Longfier 5/6, François Cavael 15 et Yvan Allain 15/1. Quels souvenirs gardes tu de ces interclubs du printemps ?


- O.R. : J’ai gardé de très bons souvenirs en tant que joueur d’équipe et surtout j’ai le souvenir que ces interclubs étaient un moment annuel important dans la vie du club. Il y avait des objectifs sportifs au sein de chaque équipe, quelle qu’en soit son niveau. Les dimanches de printemps les équipes se succédaient toute la journée.

A l’époque tous les niveaux jouaient aux mêmes dates et si cela est encore le cas, je vous encourage à conserver cette belle formule car cela est loin d’être le cas de toutes les Ligues. Pour témoignage, je peux vous confirmer que jouer 7 matchs d’interclubs de printemps (!!!) éparpillés entre janvier et avril est vraiment peu motivant. C’était la formule en Poitou-Charentes. Sachant en plus que les équipes au sein d’un club jouent à des dates différentes.

Je me souviens de beaux dimanches de tennis au TCG avec beaucoup de passage. Je me rappelle aussi qu’avec Jean-Philippe, on espérait qu’il n’y ait pas un absent de dernière minute. Mais en général, tout allait bien (les changements de composition d’équipes se faisant au plus tard le samedi à 20h !). Bref beaucoup d’émulation et d’ « esprit club » dans ces interclubs.

Concernant l’équipe dans laquelle j’évoluais, avec des partenaires assez jeunes, je me souviens leur dire que sur le papier nous étions plus forts et je crois que cela leur mettait une pression supplémentaire pas idéale.

Personnellement, j’aime bien jouer avec un peu de pression mais ce n’est pas le cas de tous les joueurs ; encore une fois, un entraîneur doit plus individualiser son discours et sûrement que je ne l’avais pas assez fait. Je me souviens aussi que je poussais « mes » joueurs à gagner chaque point et que, tant que la balle de matchs n’était pas gagnée, il fallait jouer à fond et rester concentré.


* B.V. : L’équipe féminine 1, très jeune, se maintient en Excellence, avec Cécile Cavael 4/6, Sabine Bellamy 15, Charlotte Lequen 15/1, Marie Nivet et Dorothée Colart 15/2. Quelle ambiance perçois-tu avec cette équipe et quelles sont les spécificités du tennis féminin ?


- O.R. : Comme je te l’ai dit précédemment, comme dans la plupart des équipes du club, je sentais une très grande motivation et l’équipe 1 féminine en était le meilleur exemple je crois. Cette équipe essentiellement composée de « Boillettes » + Dorothée était très motivée par les interclubs.

Pour les filles, c’était sûrement leur compétition préférée et chacune doit en garder de bons souvenirs. Malgré quelques petites rivalités, les filles de l’équipe s’entendaient bien et s’arrachaient sur le terrain. Les joueuses jouaient vraiment à fond pour les couleurs du club et donnaient leur maximum en simple mais aussi dans les doubles qui sont particulièrement appréciés par les joueuses. Les filles aiment particulièrement les interclubs, car elles se sentent soutenues, épaulées, moins « en galère » avec leur tennis personnel et toutes les difficultés qui vont avec. Mon avis concernant le tennis féminin est paradoxal.

Je pense que le jeu de tennis plait beaucoup aux filles au départ car c’est ludique, on bouge, c’est gracieux, convivial, bref plein d’aspects, qui plaisent aux filles. En revanche, l’aspect compétition du tennis est souvent compliqué pour les joueuses. On présente souvent la compétition aux filles et aux garçons de la même manière, sans tenir compte des spécificités féminines. Sans tomber dans les stéréotypes, le stress du match peut bloquer de nombreuses joueuses. Egalement, des termes comme « attaquer », « battre l’adversaire », « être agressive » ne s’accordent pas forcément avec la psychologie féminine.

De plus demander à une joueuse de jouer des matchs avec à chaque tour, un tas d’incertitudes, auquel il faut faire face, cela est souvent compliqué. Et on le constate quel que soit le niveau de jeu, que la joueuse débute en compétition ou soit TOP 100 mondial, les incertitudes et les frustrations sont multiples lorsque l’on joue un match. Il faut à chaque fois faire face à un adversaire et à des conditions de jeu différentes, au déroulement du match avec souvent des retournements de situations ; il faut accepter de faire des fautes et gérer ses émotions tout en continuant à jouer, etc…

Néanmoins, pour conclure sur le sujet, j’estime une nouvelle fois que le tennis féminin devrait beaucoup mieux se porter en France. Beaucoup font le constat qu’il y a de moins en moins de joueuses dans nos clubs, que peu font de la compétition, en particulier chez les jeunes, mais concrètement dans beaucoup de clubs, peu de choses sont faites pour inverser les choses.

La relance du tennis féminin passera par plus d’encadrement par des entraineurs femmes, la constitution de groupes spécifiques de jeunes filles, la création de compétitions moins stressantes. Chez les filles évoquer les progrès réalisés leur parle souvent plus que le simple fait de gagner des matchs.


* B.V. : Au printemps 2021, nous aurons des dimanches « nostalgie » en encourageant l’équipe féminine, qui bénéficiera du retour de Camille Pic de Mont ST Aignan et Cécile Cavael du midi ! Il ne manquera que leur formateur ! Que t’évoques cette fidélité dans cette société qui favorise l’individualisme ?


- O.R. : Ma première réflexion concernant la venue de Cécile et Camille à ces rendez-vous montre à quel point le TCG a réussi à générer un esprit club. La preuve en était que lorsque les jeunes, après le bac, partaient en étude supérieure, beaucoup sont restés licenciés au TCG et ainsi de nombreux étudiants jouaient en équipe.

J’ai le sentiment que d’une manière générale, si le club est dynamique, les jeunes, qui sont très attachés à leur club d’origine, sont prêts à y rester, s’il trouve des conditions qui correspondent à leurs attentes. Selon moi, c’est aussi un élément qui doit encourager les clubs à être bien organisé. Un club à la fois convivial, qui a des ambitions sportives et qui fait bien les choses dans son ensemble, fidélisera ses adhérents et ses jeunes joueurs devenus grands. Et encore une fois, le TCG en est un bel exemple, car pour tout un tas de raisons, chaque joueur qui a joué ou été formé dans ce club, aime y revenir.

Je suis d’accord avec toi pour dire que beaucoup de choses dans le monde actuel conduit à l’individualisme et qu’il est difficile d’y échapper. Et justement le tissu associatif, par sa définition même, est encore un des derniers remparts à l’individualisme ambiant.


* B.V. : Au printemps 2008, tu effectues la traditionnelle initiation au tennis, auprès de 351 enfants, de 14 classes, de 6 écoles primaires de Gisors. Quelle place donnes-tu à ce type de promotion d’un sport de raquette ?


- O.R. : A ce jour, et sans exagérer, je trouve qu’il s’agit de la meilleurs action de promotion de masse du tennis que j’ai eu à faire. Je prends souvent cette action en exemple pour essayer de la mettre en place, mais malheureusement je ne l’ai jamais refaite (souvent par manque d’écoute et de soutien)… Je constate que nombreux sont ceux à chercher sans cesse des solutions pour promouvoir le tennis. Le plus souvent ces initiatives ont un succès et des retombées mitigées.

Avec cette formule, qui consiste à faire venir sur une même après-midi tous les enfants de CE1 de la commune au club de tennis, chaque enfant aura au moins eu une fois l’occasion de taper quelques balles et il saura qu’un club de Tennis existe dans sa ville. Il s’agit d’une action au final assez facile à organiser et assez simple dans son déroulement. Encore une fois, j’ai du mal à comprendre pourquoi une action aussi concrète et simple n’est pas répandue dans de nombreux clubs…

Plus généralement, selon moi, un des soucis majeurs dans le tennis français est que les dirigeants des clubs réfléchissent à des problématiques identiques en y apportant des réponses différentes, qui sont plus ou moins pertinentes et efficaces. Je m’explique, que ce soit au niveau du club, d’un comité départemental ou d’une ligue, les mêmes questions d’organisation se posent, et sous prétexte de soi-disant spécificité locale, chacun « fait à sa sauce ».

Je trouve que l’on passe un temps fou à réfléchir à des organisations qui fonctionnent, alors que des formules efficaces et qui ont fait leurs preuves existent déjà dans des clubs, comités ou Ligues. De nombreux exemples montrent que sur des villes de taille comparable, il y a des clubs qui fonctionnent très bien et d’autres beaucoup moins. Avec plus de concertation et d’humilité (c’est-à-dire accepter que l’idée ne vienne pas de soi…), je pense que beaucoup de clubs devraient mieux fonctionner en s’inspirant, voire même en copiant, le fonctionnement de clubs voisins références. Ainsi, nous passerions moins de temps à nous lamenter sur la perte de licenciés et la baisse du niveau sportif d’ensemble. Il n’y a pas de solution miracle ; ce qui marche existe déjà et a fait ses preuves.

Mon autre constat est aussi que les comités doivent montrer l’exemple, car la problématique est la même à l’échelon départemental. En exemple, je peux te citer le département où j’enseigne actuellement, les Deux-Sèvres. Les réunions entre moniteurs sont souvent des enchainements d’excuses toutes faites (« Les jeunes ne sont plus motivés », « les parents peu impliqués », etc..) pour expliquer que le tennis va mal, mais rien de concret n’en sert et surtout aucune remise en question n’est faite !!!

De même, les dirigeants font le constat de la baisse régulière des licenciés, que le niveau sportif des jeunes est faible, mais peu de chose sont mises en place pour inverser la tendance. Et pourtant dans ce département, le constat est simple : il n’y a pas de détection réelle chez les plus jeunes, pas de regroupement ni d’entraînement des meilleurs éléments par l’entraîneur départemental. Quasi aucun jeune n’est accompagné et suivi pour faire des compétitions extra-départementales. L’entraînement physique est inexistant. Bref il n’y a aucun programme de formation envers les jeunes du département. Je pense qu’au-delà d’un certain laissé aller, il y a une réelle méconnaissance de certains dirigeants concernant la formation des jeunes.

La conséquence de tout cela, est que la plupart du temps, soit les jeunes atteignent un niveau modeste, soit se dirigent vers le football, qui malgré les dérives souvent décrites, est bien organisé et structuré en terme de formation de jeunes. Ici à Niort, le contraste concernant de qualité de formation entre le foot et le tennis est saisissant. Un jeune Niortais qui se licencie au foot pourra s’épanouir et progresser même dans un club modeste. Au tennis, c’est loin d’être le cas ; au mieux les plus doués avec toutes leurs bonnes volontés et celles de leurs parents ne pourront guère espérer monter plus que 15.


* B.V. : La saison 2009, ta dernière des 5 années à Gisors, reste brillante, avec 8 titres de champions de l’Eure, dont l’équipe des garçons de 9 ans (Doriam Le Biavant, Clotaire Payen et Raphael Chauveau, tous 40) et l’équipe filles de 11-12 ans (Camille Pic 15/3 et Lison Le Biavant 15/5). De plus, Camille Pic est championne de Normandie juniors. Les membres du TCG sont en augmentation de 4%, à 451, ainsi que les inscrits à l’école de tennis, de + 8%, à 332 inscrits. Un tel bilan parle de lui-même ! Quels sentiments ressens-tu lors de ton départ ?


O.R. : J’étais conscient de la valeur de ce que je quittais, en sachant que je risquais d’avoir du mal à retrouver un club aussi bien organisé et structuré. A l’époque, c’était aussi une décision de changer un peu de vie et de région. J’avais souvent bougé et ma compagne de cette période aspirait à changer de région.

Cela soulève aussi la question de savoir combien d’années un moniteur peut exercer dans un même club. Il me semble que pour les moniteurs et pour les clubs, il est bon qu’il y ait une certaine mobilité des moniteurs et donc un renouvellement. Il s’agit avant tout d’un métier basé sur la passion et le plus grand danger est de tomber dans une certaine routine au fil des années.

De même que chaque entraîneur a son style et sa vision des choses, un changement d’éducateur peut redonner un souffle nouveau à un club. Pourquoi pas non plus envisager que sur une saison, deux clubs échangent leur moniteur ? Cela pourrait redonner un peu de souffle et de nouveauté.

Pour conclure, lors de mon départ du club, j’avais le sentiment d’avoir fait de mon mieux et de m’être pleinement investi dans le club de Gisors. J’étais aussi très reconnaissant envers tous les bénévoles du club, qui m’avaient soutenus et aidés pour que le club fonctionne du mieux possible.


* B.V. : En 2010, alors que tu es parti à Niort, le club bat son record de titres, avec 10 titres de champions de l’Eure : 4 en équipes de jeunes, Doriam Le Biavant en 10 ans, en plus des 5 titres en individuels vétérans.

A Honfleur, j’assiste avec fierté, a la remise lors de l’AG de la Ligue à Honfleur, du 1er Trophée du meilleur entraineur normand à Fabien Campello, qui t’avait remplacé comme moniteur principal à temps plein au TCG. Evidemment, je pense alors à toi, n’oubliant pas le rôle essentiel des moniteurs précédents lors des performances sportives. Il m’apparait que ce Trophée est plus le tien !

Cela sera encore plus évident les saisons suivantes, en constatant que, depuis ton départ, les résultats se réduisent progressivement, pour finir en 2017 à aucun titre de champion de l’Eure ! Je pense que l’adhésion, des jeunes compétiteurs et de leurs parents, aux programmes d’entrainement est primordiale, ce qui n’a pas toujours été le cas avec ton successeur, faute de communication suffisante.

Ainsi Vincent Brocard et Marc Antoine Gaillard se retrouvent, en 2019 comme en 2020, en finale du tournoi de Gisors, mais licenciés à Vernon ! Quels conseils donnerais-tu à un jeune moniteur à propos du dialogue avec les parents, pour éviter ce type de situation ?


- O.R. : Le dialogue avec les parents est primordial et avec le temps, j’en mesure de plus en plus l’importance. Comme je te le disais, selon moi, pour schématiser, dans le processus de formation, le jeune n’a pas toutes les cartes en main. La qualité de sa formation sera totalement dépendante des conditions extérieures ; l’entraîneur, le club (la structure d’entraînement mise en place) et les parents influeront fortement sur le niveau de jeu qu’atteindra le jeune.

J’estime qu’un jeune sans prédisposition particulière, entraîné par un moniteur compétent, investi et passionné, avec un programme bien structuré et des parents concernés, investis et bienveillants, atteindra un bien meilleur niveau de jeu qu’un jeune surdoué qui ne bénéficie pas d’un tel environnement extérieur.

Ainsi pour en revenir au rôle des parents, je sais que la position de la FFT a évolué sur cette question et j’étais en désaccord avec elle lorsqu’elle souhaitait que les parents soient totalement exclus du processus de formation tennistique de leur enfant. Bien sûr, il y a eu de nombreux exemples de dérives avec des « parents-tyrans », mais je crois que nos élèves restent avant tout leurs enfants et il ne sert à rien d’essayer de mettre les parents à l’écart. Bien sûr, ils peuvent parfois être excessif et leur connaissance du tennis est souvent moindre voire parfois fausse, mais c’est aussi notre rôle de mieux informer les parents.

En fait, en étant entraîneur de l’enfant, on est aussi un peu l’entraîneur des parents. Je peux me tromper mais j’aime bien communiquer avec les parents lorsqu’eux seuls ont assisté au dernier match de leur enfant. Pratiquement, de toute façon l’entraîneur accompagne rarement en permanence son joueur sur tous les tournois, il est donc bien obligé de s’appuyer sur l’aide des parents.

Sur cette question, je suis plus de l’avis de Patrick Mouratoglou, qui a toujours considérer que les parents devaient être intégré au processus de formation. Concernant mon expérience personnel, j’ai rarement eut des difficultés avec les parents. Bien sûr, ils sont parfois de mauvaises fois lorsque leur enfant joue, mais cela peut se comprendre. Petite anecdote : j’ai déjà observé des entraineurs renommés de tennis assez critiques envers les parents devenir eux-mêmes excessifs lorsque leur enfant jouait !!!


* B.V. : Peux-tu hiérarchiser et préciser l’importance des facteurs techniques, tactiques, physiques et psychiques, dans la progression d’un joueur de tennis ?

- O.R. : Vaste et éternelle question !!! Pour débuter ma réponse, je me souviens d’une réunion de moniteurs que nous avions eu à Poses, où nous devions justement évoquer cette question : hiérarchiser les priorités dans l’entraînement des jeunes. Et bien ce qu’il en est ressorti, c’est que globalement chacun a un avis différent !!! De même, mon avis a aussi évolué sur la question.

Je pense d’abord que ces classiques 4 facteurs (technique, tactique, physique, mental) sont liés les uns aux autres. Quelques exemples que l’on pourrait étoffer sans problème : un joueur utilise des tactiques qu’il maîtrise techniquement, un joueur ne peut bien réaliser certains gestes techniques, que si ses qualités physiques le lui permettent, un joueur de nature prudent (le mental) aimera moins venir au filet (la tactique), etc… Personnellement, je pense qu’à la base, les facteurs techniques et physiques sont primordiaux et je les classe au-dessus des deux autres. Il me semble que si on a développé une de ces deux qualités essentielles, notamment chez un très jeune joueur, cela lui permet de pouvoir jouer des matchs. Ensuite, si le jeune veut progresser et être plus efficace dans ses matchs, je conseillerais de l’entraîner dans l’autre secteur. Ainsi, avec une bonne technique et un physique à la hauteur, le plus dur est fait.

Le mental est aussi également important (beaucoup le classe au-dessus de tout), mais personnellement je pense qu’avec de l’expérience, un joueur bien entouré et conseillé s’améliorera au fil du temps. L’amélioration du mental doit se faire par petite touche.

Enfin la tactique est certes importante, mais je pense qu’il ne faut pas lui accorder trop d’importance. L’idée est surtout que le joueur est la meilleure maîtrise technique possible de l’ensemble des coups afin de pouvoir jouer toutes les tactiques possibles, qui lui seront utiles en fonction des circonstances. Ce qui me gêne dans la notion de tactique, c’est que bien souvent lorsqu’on évoque cet aspect avec les joueurs, on en arrive vite à parler des points faibles adverses, plutôt que de parler de ses points forts et au final les joueurs pensent plus à faire déjouer leur adversaire qu’à jouer eux-mêmes et à tenter des choses. La progression sur le long terme passe à mon sens plus par le fait de créer du jeu que de se focaliser sur l’adversaire.


* B.V. : Avant de partir de Gisors, tu écrits « les dernières impressions du coach » (texte ci-dessous). Tu suggères de transformer nos 5 courts terrains en dur, qui sèchent lentement en cas de pluie, en terrain tout temps et d’envisager un éclairage. Le comité directeur du TCG a travaillé dans ce sens et les deux projets sont maintenant réalisés !

Tes qualités de persuasion ont réussi à convaincre les dirigeants de ton club actuel, à rénover les 2 courts en dur de ton club, à la satisfaction de tous, alors que cette surface est quasi inconnue dans le département des Deux Sèvres. Ton club de Niort profite, depuis ton arrivée, d’une augmentation de 50% des inscriptions. Quelles sont les clés actuelles, du développement d’un club de tennis, alors que les licenciés sont en constante diminution en France depuis plus de 10 ans ?


- O.R. : Merci Bernard de me lancer sur ce sujet car c’est un sujet qui me tient à cœur. En effet, comme tu le dis, tout le monde fait le constat que le nombre de licenciés baisse. C’est un fait et essayons d’en comprendre les raisons. Selon moi, comme je te l’ai dit, nous avons des clubs en France qui fonctionnent bien (Gisors en est un exemple) alors que d’autres «vivotent ». Dans le département des Deux-Sèvres, plusieurs clubs, de communes équivalentes à Gisors, ont moins de 90 licenciés !

C’est avant tout, bien sûr, une question de personnes (dirigeants, entraîneurs). Et je conseillerais aux clubs qui ont des difficultés d’essayer tout simplement de copier l’organisation et le fonctionnement des clubs dynamiques. En France, Il y a environ 4 millions de pratiquants de tennis non licenciés, donc c’est au club d’être ambitieux et dynamique pour attirer ces joueurs et joueuses.

De mon expérience gisorsienne, j’ai surtout retenu que dans un club, il est possible d’être efficace envers tout type de public. Qu’il ne servait à rien d’opposer joueurs « loisirs » et « compétiteurs », jeunes et adultes. Dans un club, il faut développer tous les aspects du tennis et c’est possible avec des compétences, de l’investissement et de la bonne volonté.

Je pense aussi que beaucoup de joueurs sont prêts à s’inscrire dans des clubs de Tennis si le club répond à leurs attentes diverses et variées ; certains vont rechercher plus de convivialité, d’autres des séances d’entrainement qui leur permettent de progresser, d’autres des surfaces du jeu agréables et variées, etc… Bref les clubs doivent proposer un contenu différent du simple fait de mettre à disposition des terrains (car des terrains municipaux accessibles à tous, il en existe de nombreux partout en France).

Tu évoques aussi la surface de jeu. Il est vrai que dans mon club actuel, la rénovation de 2 vieux terrains en durs en terrain en terre battue artificielle avec éclairage a changé la vie du club. Cela a donné un souffle nouveau au club, et la plupart des joueurs, quasi tous habitués à ne jouer que sur surface dure en salle, sont devenues des adeptes du jeu sur terre battue en extérieur. Par des choses simples (ici le changement de surface), le club est reparti à la hausse. Et pourtant au départ, les réticences étaient grandes car personne ne connaissait cette surface. Et maintenant dans le secteur beaucoup de clubs nous envient.

Mais encore une fois, dommage que la FFT n’incite pas plus les clubs à passer à ce type de surface et à les informer. J’ai plus eu le sentiment que la fédération privilégie le jeu en salle mais les courts couverts sont très chers. De nombreux clubs n’ont pas les moyens, et n’auront jamais les moyens, de s’offrir une salle, donc encourageons les clubs à avoir ce type de surface qui présentent plein d’avantages.


* B.V. : Apres deux saisons dans un club à Niort, ville de 60.000 habitants, concentrant de nombreuses mutuelles, tu pars pour Saint François, dans la partie nord Est de la Guadeloupe. Tu souhaites dynamiser le développement du tennis, mais on ne change pas facilement sa nature.

Avec mon épouse, nous connaissons bien cette ile, puisque nous y avons séjourné 18 mois, en 1977 et 1978, le temps de mon service militaire sous forme de Volontaire à l’Aide Technique, en service de pédiatrie à Basse-Terre. Elu président de l’Association des VAT, je suis amené à organiser des tournois de tennis et j’obtiens le titre de champion de Guadeloupe 3e série. Nous gardons un souvenir formidable de la Guadeloupe.

Mais j’imagine que le rythme antillais, plus cool que celui de la métropole, peut gêner la répétition des efforts physiques, même si Gaël Monfils est un bon ambassadeur de son ile. Quels souvenirs gardes-tu de ces années guadeloupéennes et du potentiel physiques des jeunes antillais ?


- O.R. : Je garde de ces deux années le souvenir de quelques choses de totalement différent de ce que je connaissais. Ce fut plus au final, une expérience de vie et la rencontre d’un autre mode de vie, qu’une expérience professionnelle. Je m’attendais à être dépaysé et de ce côté, ce fut le cas. Les mentalités et la manière de raisonner son bien différentes. Certains aspects mon bien plu. J’ai réussi assez facilement à m’adapter à la chaleur qui est permanente. J’y ai aussi apprécié le fait de vivre beaucoup dehors. Egalement, le fait d’être moins attaché à l’aspect matérialiste des choses m’a bien convenu. J’ai pu constater que du fait de l’éloignement géographique, la société de consommation était moins marquée qu’en Métropole. J’ai le sentiment que les jeunes Antillais sont légèrement moins attachés à leur téléphone portable que ce que nous connaissons dans nos régions.

Concernant l’aspect tennistique de mon expérience antillaise, cela fut plus mitigé. Engagé un peu uniquement sur la valeur de mon classement, j’ai eu le sentiment au final d’avoir assez peu apporté au sein du club. J’avais des collègues éducateurs « installés » dans leurs routines. Cela m’a permis de constater à quel point il est dommage, de ne pas développer les qualités athlétiques exceptionnelles de la plupart des jeunes antillais. J’ai pu rencontrer de très nombreux jeunes joueurs et joueuses avec des qualités physiques au-delà de ce que je connaissais, avec une soif d’apprendre et de progresser très importante.

Malheureusement pour eux, bien souvent, l’enseignement tennistique qui leur était proposé était bien maigre. Les séances au panier à la queue le le avec 1 frappe coup droit – 1 frappe revers existent bel et bien, j’en ai vues !!!. Heureusement, en Guadeloupe, quelques enfants ont la chance de pouvoir être entraîner à la Ligue de Guadeloupe par des entraineurs investis et compétents, et c’est pour cette raison que régulièrement certains jeunes guadeloupéens atteignent un très bon niveau. Néanmoins, mon expérience en Guadeloupe m’a convaincu, que la plupart des fédérations sportives françaises devraient beaucoup plus se préoccuper de la vie des clubs aux Antilles, car il y a des jeunes pépites aux qualités physiques incroyables dans ces îles.


* B.V. : En 2013, tu reviens en métropole, moniteur au club de tennis de Souché (6.000 habitants), banlieue appréciée de Niort, la ville des Mutuelles. Le club a progressé, en effectifs, de 90 membres à ton arrivée, à 142 actuellement. Malgré la difficulté de concilier les entrainements des jeunes de 17 à 19 h, avec la demande des adultes de conserver ces horaires à la sortie de leur travail, la progression est également sportive : 2 jeunes 15/2 et plusieurs 15/3 contre 1 jeune à 30/1 et 1 à 40 à ton arrivée. Comment s’effectue la détection dans ce département des Deux-Sèvres et dans la nouvelle et grande ligue « La Nouvelle Aquitaine », notamment en comparant avec la ligue de Normandie ?


- O.R. : Et bien comme je l’ai déjà évoqué précédemment, le département des Deux Sèvres est un peu le mauvais élève de la région. Déjà avant la création de la très grande région Nouvelle Aquitaine, les Deux Sèvres avaient des résultats très en retrait au sein de la région Poitou Charentes. Dès mon arrivée, j’ai été très surpris par les discours très défaitistes et peu ambitieux concernant les jeunes du département.

Le département du 79 ressemble beaucoup au département de l’Eure : même nombre d’habitants, population assez rurale et Niort est l’équivalent d’Evreux. En revanche, niveau tennis, l’Eure compte deux fois plus de licenciés que les Deux Sèvres !!! Cherchez l’erreur. Cela s’explique tout simplement par ce qui a été fait et ce qui se fait encore au sein des clubs et du comité.

Ainsi que je te l’ai déjà indiqué, les programmes de formation de jeunes sont quasi inexistants. Le comité s’est détaché de la formation des jeunes et attends bizarrement que les jeunes s’épanouissent par miracle dans les clubs. Le processus de formation de jeunes est un processus long et complet avec de nombreuses choses à mettre en place (apprentissage technique en collectif et en individuel, suivi et accompagnement régulier des jeunes en compétition, entraînement et amélioration des qualités physiques, organisation de nombreuses tournées pour donner du sens à l’entraînement et confronter les jeunes à d’autres adversaires). Ici rien de tout cela n’est fait. D’ailleurs, cet état de fait ne date pas d’hier car je me souviens qu’en revenant dans la région mon ami Samuel (qui lui a formé et forme encore de nombreux bons joueurs) m’indiquant que depuis qu’il entraînait, il n’avait jamais attendu parler d’un jeune formé dans la région de Niort !!!

Et pourtant il y aurait tout pour mettre en place une véritable politique de formation de jeunes dans le secteur : il y a les structures, le temps favorable permet de jouer facilement les 2/3 de l’année en extérieur, le niveau de vie de la population locale est plutôt aisé. Bref, c’est assez décevant et c’est surtout pour les enfants que je suis triste. Au bout de 10 ans, j’ai pu observer ici, de nombreux jeunes avec de très grande qualité au départ. Souvent entre 7 et 9 ans, ils peuvent rivaliser avec les jeunes des autres départements, mais ensuite faute d’un véritable entrainement, ils sont dépassés.

Plus généralement et pour sortir du cadre des Deux-Sèvres, je crois que finalement peu de jeunes « ont la chance » de tomber dans un club qui va réellement bien s’occuper d’eux. Je ne saurais faire une estimation précise mais je pense que très peu de club font bien les choses concernant la formation des jeunes.

Je suis souvent étonné que les médias et le grand public ne comprennent pas, pourquoi il n’y a pas plus de joueur français performant au haut niveau, alors que la riche fédération française de tennis compte 1 000 000 de licenciés. Selon moi, la raison en est simple, 90% des jeunes s’inscrivent (sans le savoir au départ) dans des clubs qui ne font pas de formation de jeunes et donc ne permettent pas à ces jeunes d’atteindre le niveau correspondant à leur potentiel. Ce n’est pas un hasard si les jeunes qui ont un bon niveau sortent toujours des mêmes clubs ou des mêmes Ligues.

Pour finir ma réponse sur une note optimiste, je dois quand même avouer que je me plais bien dans mon club de Niort Souché car, année après année, le niveau de nos jeunes progresse et j’ai au sein de l’école de Tennis plusieurs jeunes qui atteindront la seconde série, si je les accompagne et entraîne convenablement. J’ai de très jeunes joueurs, que je trouve très prometteurs et c’est pour eux que j’essaie de faire bouger les choses (mais ce n’est pas facile). C’est aussi pour ne plus entendre un jeune de 20 ans me dire « j’ai toujours été hyper motivé, mes parents ont toujours tout fait pour que je progresse au Tennis et je ne me retrouve classé que 15/1 à 20 ans. Pourquoi ?


* B.V. : A 49 ans, tu conserves un haut classement, à 4/6, avec 2 participations au championnat de France des + 45 ans à Roland-Garros. Comment a évolué ton jeu depuis ton départ de Gisors ?


- O.R. : Il est vrai que j’aime toujours autant jouer. J’estime qu’il est important qu’un l’entraîneur de tennis continue un peu à jouer, ce qui l’aide notamment à entretenir sa passion pour ce sport. Concernant l’évolution de mon jeu, lorsque les petites blessures me laissent tranquille, il est toujours plutôt basé sur le fond de court. En fait, j’estime avoir progressé techniquement et je pense beaucoup mieux connaitre mon jeu actuellement qu’il y a même 10 ans. Ce qui est dommage, c’est d’avoir acquis cette technique sur le tard.

J’aurais adoré avoir ces compétences techniques à 25 ans. Je suis persuadé que j’aurais pu avoir un niveau nettement plus élevé. Je vérifie à mes dépends que le niveau de jeu atteint dépend surtout de son parcours de vie et des rencontres que l’on y fait. C’est vrai qu’avec l’expérience, j’analyse et je comprends mieux toutes les limites de mon jeu. Cela me sert énormément dans mon enseignement et j’encourage mes élèves à ne pas commettre les mêmes erreurs que j’ai pu commettre.


. * B.V. : Les orientations actuelles de la Direction Technique Nationale te semblent-elles les bonnes ?

- O.R. : Ma vision des choses tournent autour du même sujet. Même si je trouve dommageable que le discours de la fédération en matière de formation des jeunes change au grès des élections et des modèles de joueurs à copier, je trouve que son discours n’est pas trop « descendant ». Il n’est pas beaucoup écouté et encore moins suivi par beaucoup de clubs. Former l’élite nationale n’est pas très parlant pour de nombreux dirigeants et moniteurs. En tant que cartésien, j’estime que la meilleure chose à faire serait de réussir à mobiliser tous les clubs, à une bonne formation de ses jeunes. Ainsi, idéalement chaque enfant aurait la chance d’atteindre le niveau correspondant à son potentiel de départ. Arithmétiquement avec une base de jeunes plus fortes, il y aurait plus de chances de former des joueurs de haut niveau. Mobiliser les clubs sur ce sujet, passe à mon sens, par des incitations financières.

Je ne connais pas le détail du budget fédéral, mais je dirai « moins de dépenses en frais de bouche et autres déplacements et plus de moyens sur les jeunes ». La FFT avec Roland Garros est certainement la fédération de Tennis la plus riche au monde et les résultats ne sont pas bons au regard de ces moyens.

Ensuite, avec la nouvelle direction fédérale, je pense que de nouveau, la politique des Pôles sera reprise. A écouter les Tsonga, Simon, Bénéteau et autres Mahut, ils gardent tous d’excellents souvenirs de leurs années passées au Pôle France de Poitiers. Certainement que la progression en groupe est plus facile à vivre pour un jeune que tout seul isolé dans son club avec son entraîneur. Créer une émulation de groupe dans ce sport individuel si compliqué et « qui peut rendre fou » me semble une bonne chose.


* B.V. : L’accumulation de succès des joueurs de l’Europe de l’Est, avec comme N°1 mondiaux, le serbe Djokovic et la tchéque Pliskova, évoque des modalités d’entrainement différentes de celles du monde occidental. Qu’en penses-tu ?


- O.R. : Tu cites les joueurs les plus connus et quand tu regardes un tableau d’un tournoi international, il y a de nombreux de joueurs et joueuses de l’ex URSS. Et j’ai bien peur que ce ne soit que le début. J’ai bien l’impression qu’en France on s’est un peu endormi sur nos lauriers de meilleure école de Tennis du monde. Car pendant ce temps, les autres pays se sont mis eux aussi à former des joueurs de haut niveau. Il y a encore 20 ans, la France pouvait un peu se démarquer en termes de connaissance des programmes de formation et avait sûrement un savoir-faire que n’avaient pas d’autres nations. Aujourd’hui, à l’heure où la « technique idéale » est quasi connue de tous et où les programmes de formations qui fonctionnent sont également établis et généralisés, il est logique de voir émerger les joueurs de pays où l’aspect sportif est la priorité. Les joueurs atteignent le niveau qui correspond à ce qui a été mis en place pour eux, c’est à mon avis aussi simple que cela.


* B.V. : Quels sont tes joueurs de tennis préférés, au niveau français et mondial ?

- O.R. : J’aime toujours regarder des matchs de haut niveau, que ce soit au bord du court ou à la TV. Je ne suis pas d’un naturel très cocardier mais j’avoue que les joueurs français ont toujours une petite spécificité qui me touche. D’une manière générale, j’aime regarder tous les joueurs et je les admire, imaginant toutes les difficultés et les heures d’entraînement effectuées pour atteindre ce niveau de jeu. Je connais « un peu » les difficultés de ce sport individuel et j’imagine qu’ils ont dû batailler pour y arriver. Tous, même les plus forts ont subi, comme tout le monde, des défaites qui font mal.

Quand on y pense, c’est vraiment un sport compliqué car sur un court, on amène tout avec soi (sa personnalité, ses certitudes, ses lacunes) et le match avec toutes les incertitudes qui vont avec peut tout remettre en cause. Sinon, j’ai une estime forte pour les joueurs de petits gabarits car il faut bien le reconnaître, être grand est un énorme avantage au Tennis (couverture du terrain, hauteur de frappes et en particulier au service).

Pour te citer 2 noms quand même, depuis quelque temps j’adore regarder jouer Alexander Rublev avec tout l’engagement qu’il déploie. Ce n’est pas très varié mais le regarder frapper toutes les balles comme un fou m’amuse et me stimule à faire pareil ! Côté féminin, depuis quelques années déjà, j’aime bien regarder jouer Petra Kvitova. Je la trouve super forte et hyper complète. Malheureusement, elle passe souvent au travers des grands rendez-vous car ce n’est pas la plus accrocheuse et elle laisse parfois filer des matchs. Tu vois mes préférés sont plutôt slaves dans ce sport si formidable.


* B.V. : Merci Olivier, pour tout ce que tu as apporté au club de Gisors, ta constante disponibilité, ta joie de vivre, ton exemplarité, ta compétence technique. Tu seras toujours le bienvenu au club, notamment au tournoi de Gisors, que tu serais capable d’encore gagné, évidemment en + 45 ans, mais aussi en seniors !

Gisors est sur la route entre Niort et les tournois de la côte normande. Un arrêt, avec tes meilleurs jeunes, pour une rencontre amicale, en présence de tes anciens élèves, suivie d’un repas convivial au club-house serait surement apprécié de beaucoup d’anciens, car même 10 ans plus tard, certains bons souvenirs ne s’effacent pas.


O.R : Merci pleinement Bernard pour cette interview que j’ai pris plaisir à compléter et surtout je te remercie pour tout. En premier lieu pour m’avoir fait confiance et soutenu. Et également pour avoir grandement contribué par ton investissement sans faille à la réussite du Tennis Club Gisors. Ce club est, tu l’as bien compris, toujours mon club de référence et tu y es pour beaucoup.


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