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Entretien avec Marcel LARMANOU Maire de Gisors


Maire de Gisors pendant 43 ans, de 1971 à 2014, Marcel Larmanou est originaire de Lescar, dans les Pyrénées atlantiques. Ainé de 3 enfants d’une famille d’agriculteurs modeste dans le Béarn, il est formé à l’école normale d’Evreux. Son premier poste d’instituteur, est un cours préparatoire à Gisors, créé cette année-là en raison d’une démographie en hausse. Cette classe est dans un baraquement issu de la guerre, dans la cour de l’école maternelle jacques Prévert, avec au bout de la rue du Colonel O Diette, la vue sur le premier terrain de tennis de la ville.

En mars 1971, Marcel Larmanou est élu à 34 ans, sur une liste d’Union de la gauche, conduite par Albert Forcinal, ancien résistant et ancien député. Bien que pas candidat à cette responsabilité, ses collègues conseillers l’élisent comme maire, avec son engagement communiste. Les demandes d’équipements des dirigeants des associations sportives de Gisors ont toujours été attentivement étudiées par les services municipaux, et réalisés dans la limite des ressources financières. Une confiance réciproque s’est établie entre le Maire de Gisors et le président du club de tennis gisorsien, élément essentiel dans le développement du club pendant ces 35 ans. Ceci rendait donc incontournable cet entretien à propos de l’histoire du club. Cette relation privilégiée a aussi été favorisée par un combat commun pour un hôpital de Gisors de qualité. Cette confiance ne s’est pas arrêtée avec la fin de nos fonctions de maire et de président du club de tennis. Ce lien, devenue amitié, explique le récent tutoiement.


* Bernard Vannier : Quelles ont été tes premières impressions en arrivant à Gisors, venant du Sud ?

- Marcel Larmanou : J’ai découvert une ville encore en pleine reconstruction, même si l’essentiel du centre-ville avait pris forme. Une ville agréable, intelligemment urbanisée. Mais une ville qui n’avait pas jusqu’alors pu se préoccuper que de la construction des habitations. Une ville encore en pleine crise du logement. Le long de certaines artères (les routes de Dieppe, de Trie, de Bazincourt, la rue des étangs) se dressaient encore de nombreux baraquements, qui abritaient des familles modestes, victimes des bombardements nazis de 1940. Ma première difficulté a été de trouver un logement. J’ai pu être loger dans un pavillon devenu un garage en bas de l’avenue de la gare, ancien hôtel du 19e siècle, dans une chambre sans eau, ni douche bien sûr. Et ce pendant 8 ans. Ce début, dans ma vie d’adulte, m’a profondément marqué et m’a rendu très sensible au drame que vivent les mal-logés.


* BV : Lors de ton premier mandat, débuté en 1971, les installations sportives sont très réduites. Peux-tu les rappeler pour mieux juger le chemin parcouru dans le développement du sport à Gisors, notamment grâce aux nombreux équipements construits depuis ?

- ML : Oui, j’ai pu vivre la précarité que devaient assumer les sportifs. J’étais basketteur et dès mon arrivée en 1956, je me suis inscrit à la section basket de l’EG, que présidait Jean Rocher, inspecteur des impôts, et dont la famille Jorelle, artisan à Bézu, assurait la « logistique » en fournissant la camionnette qui permettait nos déplacements. A l’époque, le seul terrain offert était revêtu de mâchefer et se situait rue des étangs. Au cours de nos déplacements dans diverses villes du département, nous apprécions parfois de jouer dans des gymnases très confortables au cours de certains hivers rudes. Prosper Disarbois, professeur d’éducation physique au lycée était l’animateur infatigable de ce club. Excellent joueur, d’une adresse diabolique, il compensait ainsi sa taille relativement modeste. Mon poste de prédilection était arrière gauche, car je sautais assez haut pour récupérer le ballon (j’avais été vice-champion de l’Eure cadet en saut en hauteur durant mon passage à l’Ecole Normale). En dehors du terrain de basket, un seul terrain de football enherbé existait, toujours dans l’espace de la rue des étangs, ou a été déménagé depuis le terrain de rugby. Les municipalités d’après-guerre avaient été très préoccupées par la reconstruction dirigée sous la responsabilité de l’Etat. Elles n’avaient pas encore réalisé les équipements sportifs nécessaires. Ce n’est qu’en 1970 qu’ont été aménagés les premiers remblais du futur stade Maurice Tassus. Cette même année a été livré le premier gymnase.


* BV : Depuis ta gestion de la ville comme maire, les principales réalisations me semblent être les 4 salles sportives (Maurice Tassus et Arthur Ashe face au CES Victor Hugo, Nelson Mandella et Louise Michel face au lycée), les terrains de football et de rugby à la Ballastière, la piste d’athlétisme. Rajoutes-tu une autre structure sportive majeure ? Et quel a été le dossier le plus délicat à négocier, notamment pour obtenir des subventions du département ou de la région ?

- ML : En 1971 et sous la responsabilité de mon adjoint, Prosper Disarbois et par la suite d’Alain Masson, nous nous sommes efforcés d’être à l’écoute des associations qui se développaient ou naissaient en grand nombre. Leurs premières exigences furent la réalisation d’équipements adaptés et de qualité mais aussi, un soutien financier, voire humain, de la part de la collectivité pour aider au fonctionnement des clubs. Quand je parle de soutien humain, je songe au recrutement d’animateurs sportifs municipaux. L’un d’entre eux, le premier retenu, est devenu, j’ose employer le terme, une gloire nationale, voire internationale, comme maitre d’armes du club des Trois armes de Gisors. Ce club a connu sa renaissance peu après notre arrivée sous la responsabilité du président Barbaud. C’est Christian Peeters qui a permis l’éclosion de champions du monde et olympiques comme Mathieu Gourdain, pour ne citer que lui. Tu as cité l’essentiel des structures réalisées. Mais on pourrait ajouter le local de la Détente du Mont de Magny et d’autres équipements plus modestes, notamment dans les écoles. Le financement du gymnase Mandela a été difficile, car seul le Département a financé très modestement cet investissement. La Région, à laquelle, il était pourtant mis à disposition pour le lycée, n’a accepté de subventionner que la salle d’escrime.


* BV : Je garde le souvenir d’une opposition assez sévère envers le choix de nommer le gymnase face au Lycée, Nelson Mandela, alors qu’il était peu connu, en prison sur l’ile de Ruben Island, en Afrique du Sud, car en lutte contre l’apartheid. Le reproche de cette opposition est de faire de la politique sur le dos d’un gymnase à visée scolaire et associatif. L’évolution de la situation de Nelson Mandela, prix Nobel de la Paix en 1993, président de l’Afrique du Sud, admiré dans le monde entier, comme le fut Gandhi autrefois, prouve que ton choix était non seulement correct, mais même précurseur. Quel ressenti gardes-tu de cet épisode ?

- ML : J’en souris presque, tant cette manœuvre était mesquine, dérisoire. On se doit d’honorer ces hommes magnifiques qui sont un exemple pour la jeunesse s’agissant de la défense des droits de l’homme. Mais dans cette initiative j’avais le soutien de l’évêque d’Évreux, Mgr Gaillot qui s’était rendu en Afrique du Sud avant la libération de Nelson Mandela et également d’une large partie de la population.


* BV : Mon premier contact avec Prosper Disarbois date de 1979 en m’installant à Trie-Château et en étant poussé par mes amis compétiteurs de tennis de « renverser à l’AG du 20/12/1980, les dirigeants en place », notamment le président Prosper Disarbois et François Capo, plus favorables au « tennis loisir ». J’ai préféré le rencontrer et grâce à sa grande compréhension, nous avons pu associer les deux listes, eux deux devenant Vice-présidents et le restant longtemps. Au sein de notre Comité Directeur, Prosper avait toujours un avis plein de sagesse et j’ai été très peiné à son décès. Tu as été licencié dans la section basket, avec Prosper, qui sera plus tard ton Adjoint aux Sports. Quels souvenirs cela t’évoques ?

- ML : Ton arrivée à la présidence du club a été une véritable « bénédiction », le président précédent était style « bulldozer ». Il était difficile de conduire un projet avec lui. J’ai apprécié infiniment ton intelligence des rapports humains et ton art de la diplomatie. Il a été très facile de coopérer avec le club de tennis à partir de ce moment-là.


* BV : Les 2 premières constructions majeures du club sont le court couvert par la toile en 1983 et le club-house en 1985, avec des travaux bien suivies par notre Vice-président François Capo, dont la profession était justement dans ce domaine. L’accord du Conseil Municipal pour les emplacements et les financements, est facilité par un large autofinancement du club. Ce principe d’essayer de régler par nous-mêmes, nos besoins de matériel ou d’installations est-il l’élément majeur de la confiance acquise assez rapidement par le club de tennis gisorsien auprès de la Municipalité ?

- ML : Oui. les propositions que vous nous faisiez pour chaque nouvel équipement souhaité étaient formulées avec la volonté de dégager des financements possibles. Vous avez accepté souvent de cofinancer ces projets et c'est ainsi que le tennis a connu une dynamique remarquable accompagnée d'un nombre élevé d'adhérents qui en ont fait longtemps le premier club de l'Entente Gisorsienne. Ce club a suscité une vive sympathie car dans le sport un peu machiste, le tennis est un des rares qui s'ouvrait largement aux femmes, y compris en leur donnant des responsabilités dans le bureau directeur.


* BV : Lors de plusieurs inaugurations (la bulle, le club-house, les 5 courts extérieurs transformés en terre battue), Jean Bréchon, président de la Ligue de Normandie, nous fait l’honneur de se déplacer. Décédé depuis, il m’a plusieurs fois dit son plaisir de venir dans le club de tennis de Gisors et notamment de discuter avec son maire, de sujets divers. Te souviens-tu de ces contacts ?

- ML : Oui, ce sont des souvenirs lumineux. le président Jean Bréchon faisait preuve d'un véritable enthousiasme dans son engagement à la tête de la Ligue de Normandie. Il admirait le travail accompli par le club de tennis de Gisors qu'il citait comme un exemple s'agissant d'une ville d'une dizaine de milliers d'habitants.


* BV : Depuis ma prise de fonction de président du tennis, fin 1980, je t’ai toujours vu présent aux AG de l’Entente Gisorsienne, et à la quasi-totalité des AG du tennis, avec ton adjoint aux sports, Prosper Disarbois puis Alain Masson. Les demandes des différentes disciplines sportives sont nombreuses : le vestiaire du rugby du président Francis Roque, la piste d’athlétisme, le boulodrome, un autre gymnase servant le soir aux associations sportives (avant le récent gymnase Louise Michel)…Or les finances municipales n’étant pas illimitées, quels critères orientaient principalement le Conseil municipal ?

- ML : Il était difficile de faire des choix. Je crois tout d’abord que notre préoccupation première était de maintenir les subventions de fonctionnement sans lesquelles les clubs ne pouvaient vivre normalement. Ensuite nous nous efforcions de satisfaire les clubs qui avaient peu ou pas du tout d’équipements. Il y a eu, par exemple, de vrais débats autour du terrain destiné à la pétanque pour lequel nous avons préparé un excellent projet et obtenu 200 000 € de la Région quand le lycée a été agrandi. Cette subvention a été utilisée par la suite.


* BV : La visite de Marie-George Buffet, Ministre des Sports, le dimanche 21 septembre 1997, à Gisors, est prévue pour honorer la médaille de champion du monde par équipe au sabre de Mathieu Gourdain. Elle y associe une discussion, tôt le matin, sur la place de la mairie lors des ateliers sportifs de la journée « Sports pour tous ». Puis cette 1ere visite officielle d’un ministre à Gisors sous la Ve république, se poursuit par un débat dans la salle du conseil municipal. Comment as-tu réussi ce déplacement ministériel exceptionnel pour la ville de Gisors et quelle impression en gardes-tu ?

- ML : Marie-George Buffet était une amie. Je n’ai cessé de « harceler » son cabinet car je voulais qu’elle vienne à Gisors honorer nos sportifs de haut niveau, nos brillants champions d’escrime, mais aussi l’ensemble des sportifs et leurs encadrants bénévoles sans lesquels le sport n’existerait pas. Ce souvenir est lumineux, de même celui du 10 novembre 2000, où Marie-George Buffet est revenue féliciter nos champions olympiques et décorer de la médaille de la Jeunesse et des Sports le maître d’armes Christian Peeters, en présence de tous les clubs de Gisors mais aussi d’une foule de personnalités régionales.


* BV : EN 1999, je me déplace à l’une des 5 à 6 réunions de quartier que tu organises régulièrement, bien sûr à celle du quartier des Bornes qui jouxte le complexe sportif Tassus. J’envisage des questions sur l’oisiveté des adolescents les soirs d’été, puisque nous retrouvons souvent des canettes de bière dans les tribunes du court central ou dans la bulle. J’envisage donc de proposer une activité tennis pour ceux intéressés, avec un encadrement mixte, éducateur du club et éducateur municipal. Surprise et forte déception : la majorité des questions porte sur le trottoir défectueux, les crottes de chien, l’éclairage municipal mal positionné (trop près pour certains, trop loin pour d’autres !). Comment réussir à garder prioritaire l’intérêt collectif dans une commune lorsque beaucoup de ses habitants ne voient que leur intérêt personnel ? Je pense que cet égocentrisme, lié au caractère latin, ne se retrouve pas, ou peu dans les pays germaniques ou nordiques et qu’il est la conséquence d’une certaine culture et de l’éducation. L’instituteur que tu as été est-il d’accord ?

- ML : Oui, je comprends ta déception. Mais les réunions de quartier c’est cela ! Les citoyens sont d’abord préoccupés par ce qui les touche de près. Ces problèmes semblent modestes pour un président de club dont les préoccupations se situent à un autre niveau. Bien sûr, je préfèrerais aussi que l’on échange davantage sur les questions d’éducation, de culture, de sport… essentielles pour la formation de la jeunesse, décisives pour le développement humain. Mais, il n’y a pas de « petite » revendication !


* BV : En 2012, la subvention de la municipalité de Gisors (dont la population dépasse 12.000 habitants), aux associations est de 360.000 €, dont 205.000 € aux associations sportives et notamment 150.600 € à l’Entente Gisorsienne, dont le compte de résultats est équilibré, avec un budget de fonctionnement de 353.000 €. La répartition des membres est de 53% de jeunes et 47 % d’adultes, mais c’est leur situation géographique, 40% de Gisorsiens et 60% domicilié à l’extérieur de Gisors, qui te pose problème, comme maire de Gisors. Lors des A.G de l’Entente, tu insistes sur l’irrationnel financement des nombreux équipements sportifs de la ville par les impôts des gisorsiens, sans participation des communes voisines, puisque la Communauté de Communes refuse de prendre en charge cette compétence. Le club de tennis est l’une des rares associations sportives à suivre ton raisonnement en instituant un supplément de cotisations pour les non-résidents gisorsiens. Ce supplément est supprimé, puisque la Communauté de communes gère maintenant cette compétence, justifiant ainsi, à retardement, ton combat pour cette juste cause. Comment expliques-tu ce retard et penses-tu qu’à l’avenir, la gestion d’un bassin de vie comme celui du Vexin Normand relèvera plus de la Communauté de Communes que de la Commune ?


- ML : Tu évoques une question majeure qui a fait longtemps débat. Oui, Gisors a le statut de ville centre. À ce titre elle s’est dotée de très nombreux équipements et services, tout au long de mes différents mandats de maire. Leur accès était ouvert à tous. Je constate mon relatif échec dans ce domaine de la mutualisation des équipements sportifs. Cela peut s’expliquer par la nature particulière de notre bassin de vie dont les limites s’élargissent à différents cantons d’alentour, y compris hors département de l’Eure. Pour mutualiser il fallait d’abord créer une communauté de communes. Nous n’y sommes parvenus qu’en 2004. Il est vrai que la définition des compétences de la communauté a fait l’objet de débats très vifs. Certains élus de communes rurales, majoritaires dans la communauté, ont pesé pour qu’il n’y ait pas de transfert vers la communauté des équipements sportifs. Sans doute craignaient-ils d’alourdir la fiscalité de leurs concitoyens ? Mais j’atténue ce regret par le succès obtenu dans la réalisation du stade nautique financé en coopération avec la CDC de Vexin Thelle dans l’Oise. Pour y parvenir, il a fallu concéder que ce stade nautique soit réalisé à Trie Château, à 3 km du centre de Gisors et à 8 km de Chaumont. Il a fallu arracher de très importantes subventions des régions Haute-Normandie et Picardie, des départements de l’Eure et de l’Oise et aller à la rencontre de l’État. Pour les deux CDC, le coût de l’investissement a été très supportable, même si le coût du fonctionnement reste lourd, comme dans la plupart des cas. Oui, la coopération librement consentie et décidée est une solution d’avenir pour équiper nos bassins de vie, essentiellement ruraux.



* BV : Que penses-tu du regroupement des clubs sportifs dans une association omnisports (Entente Gisorsienne ou autre), afin qu’ils reçoivent leurs subvention sous contrôle d’un Commissaire aux comptes ?

- ML : J’y suis favorable : l’union fait la force !


* BV : Comment juges-tu l’évolution du club de tennis, pendant tes 43 années de maire de Gisors ?

- ML : Je considère que l’évolution du club a été extrêmement dynamique, donc positive. J’en ai connu les raisons quand j’étais maire, j’en sais aussi les acteurs. Mais les seuls juges sont les adhérents du club.


* BV : Quels sont tes meilleurs souvenirs d’évènements sportifs à Gisors ?

- ML : J’ai un faible, je l’avoue, pour les rencontres nationales d’escrime, où des sabreurs juniors participaient à des tournois exceptionnels. J’y ai côtoyé de futurs grands champions mondiaux ou olympiques. Mais des rencontres plus modestes organisées par d’autres clubs n’en étaient pas moins passionnantes. Elles révélaient la passion et l’ardeur que mettaient tous ces jeunes joueurs, ou moins jeunes, dans ces sports divers qui contribuent si utilement à construire de façon harmonieuse l’être humain.


* BV : Comme lors des autres « Entretiens », tu as le droit à la question de tes joueurs préférés de tennis, français et mondiaux ?

- ML : Yannick Noah brillant joueur, enthousiaste, sympathique, mais aussi remarquable entraîneur des équipes de France. Yvan Lendl remarquable champion. Je me souviens de cette étonnante finale de Roland Garros en 1984 qu’il a emportée contre Mc Enroe. Chez les femmes, j’ai beaucoup d’admiration pour Justine Henin, mais aussi il y a plus longtemps pour la très brillante Martina Navratilova. Mais j’aurais pu en citer bien d’autres


* BV : Je te remercie pour ces réponses et pour tout le temps passé, avec passion et actions, au service de la population locale.



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