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Entretien avec Jean Marie DESBONS Président du CDET de 1997 à 2004


Né en 1933 à Mitidja, village à Rouib à 20 km d’Alger, instituteur en 1954 dans les montagnes de Kabylie, Jean Marie Desbons découvre l’hexagone et la Normandie en 1962. Il est instituteur au Neubourg, puis professeur de Sciences Naturelles au CES. Il s’est toujours investi dans le monde associatif. Il est président du club du Neubourg de 1981 à 19 ?? et est élu au Comité Directeur du Comité de l’Eure en 1988 ?. Comme par hasard, il est responsable de la commission « Enseignement » ! Son épouse, Gisèle, également élue à ce Comité Directeur, est trésorière, jusqu’en 1996. Jean Marie est élu président du Comité de l’Eure à l’AG de fin 1996 et effectue 2 mandats de 4 ans. En 2020, il continue à briller au tennis, avec un classement de 4e série et une place de finaliste au championnat individuel de l’Eure des + 70 ans en 2019, qu’il raconte avec beaucoup de modestie et d’humour, comme l’ensemble de son parcours de dirigeant sportif !


* Bernard Vannier : Dans quelles conditions es-tu venu à jouer au tennis ?

- Jean Marie Desbons : Par hasard, dans mon village natal en 1959, la municipalité construit un terrain de tennis en terre battue, mes parents m’offrent une raquette pour échanger des balles avec les rares personnes « qui savaient » et j’ai pris plaisir ! En 1962, en arrivant au Neubourg, j’ai aperçu 2 terrains en bitume, en triste état et un vestiaire rudimentaire. Tés vite, on devine mon énorme potentiel, et je suis admis immédiatement dans la seule équipe existante. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois !


* B.V. : Quels sont tes actions prioritaires lors de ta présidence au club de tennis du Neubourg ?

- JM.D. : Bien avant d’être président du Neubourg, j’ai toute liberté d’action. La priorité est d’améliorer les installations. Il fallait donc que les élus municipaux aient conscience que le tennis n’est pas réservé à quelques notables et leurs enfants, mais que c’était un sport ouvert à tous. Un gymnase étant bâti pour les élèves du collège, une école de tennis est créée en 1972 dans les créneaux laissés libres par les sections locales. Pour être crédible, je participais à des stages de formation dirigés par Jean Paul Quéval. En 1974, j’étais éducateur fédéral 2e degré, avec une bonne participation des jeunes, alors que les adultes sont venus plus timidement. A tous, j’insufflais le gout de se confronter. La compétition était recommandée, à quelque niveau que ce soit. En 1981, devenu président, je créais un tournoi régional, limité aux classés (0), dont j’étais le Juge-arbitre, obtenant vite un beau succès avec 170 inscrits.


* B.V. : Quelles différences as-tu ressenti entre l’enseignement du tennis lorsque tu as la responsabilité de la commission Enseignement du Comité de l’Eure et ta profession d’enseignant ?

- JM.D. : Bien avant d’être responsable de la commission, c’est l’enseignant de métier qui a fait quelques constats : les premiers moniteurs BE avaient certes le niveau requis, mais leur pédagogie laissait à désirer ! Ils semblent ignorer la psychologie des jeunes enfants, notamment les filles, qu’on leur confiait. Ils n’avaient pas le désir, semble-t-il, de s’investir dans la réussite des élèves prometteurs », qui, pourtant, auraient favorisé leur réputation de bons profs ; tout a du s’améliorer depuis ! Je ne parle pas bien sûr, de ceux qui exerçaient dans les clubs importants (Gisors, Evreux AC, ALM) !


* B.V. : A l’AG de 1981, mes notes m’indique une intervention appuyée, comme responsable de la Commission Enseignement du CDET, auprès des présidents de clubs, pour bien différencier les moniteurs BE « rémunérés » et les éducateurs fédéraux « indemnisés », comme la loi l’exige ! A l’AG de fin 1985, tu informe que l’Urssaf exige depuis le 25 mai, la déclaration des sommes versées aux éducateurs. N’y a-t-il pas eu une certaine hypocrisie de langage et de comportement dans ce perpétuel conflit entre les encadrants professionnels et les bénévoles ? D’ailleurs, en 1998, la rémunération des initiateurs devient autorisée après une formation plus longue (75h) et sous condition d’un recyclage annuel.

- JM.D. : Il faut situer le contexte : à l’époque, il n’y avait pas hypocrisie, quand la directive est apparue. Le BE, dont c’était le métier recevait un salaire avec déclaration aux impôts et à l’Urssaf. L’éducateur fédéral, un bénévole, sans emploi civil le plus souvent, ne devait percevoir aucune somme pour son activité. Il appartenait au Président de le récompenser par des dons (survêtements, raquettes, chaussures) et éventuellement une indemnité pour frais de déplacements s’il n’était pas du club. Avec le temps, les éducateurs ont souhaité recevoir pour leur activité une somme forfaitaire. Le président, désireux de le conserver, afin de garder l’activité de son école de tennis, s’est donc plié à ce désir. Cette indemnité financière aurait dû avoir les mêmes conséquences que le salaire du BE et ce ne fut pas le cas .Dès lors, il était nécessaire après avertissement de l’URSSAF et de la DDJS, que les présidents de clubs soient officiellement alertés en AG. Un statut plus précis permis ultérieurement de clarifier la situation des éducateurs.


* B.V. : En 1984, le Centre Départemental de tennis s’ouvre à Poses, avec 2 courts couverts et 3 courts extérieurs. Il est financé par le syndicat mixte du Vaudreuil avec une participation de la Ligue de Normandie de 400.000 F. L’association de gestion de la base de plein air de Poses, laisse au CDET, par convention, 2 soirées, 10 weekends et toutes les périodes de petites vacances scolaires. Une possible restauration et un hébergement de proximité, à la Base de loisirs, favorisent l’organisation de stages pour les jeunes et les encadrants. En 1991, sont construits, des vestiaires avec toilettes, une salle de réunion et un bureau pour du secrétariat, ainsi qu’une autre salle de 2 terrains. Hélas, les 3 courts extérieurs sont partis à l’abandon et certains ont regretté le lieu très isolé, dans un village de 1.100 habitants, réduisant les possibilités d’extension. Avec le recul, estimes-tu que cette implantation était la meilleure option ?

- JM.D. : Le choix de Jean Bréchon était bien réfléchi à mon avis. Ligue et Base de loisirs ont tiré avantage de l’implantation d’un centre de ligue à Poses.

…….

* B.V. : En 1992, lors du 3e mandat d’Alain Fournols comme président du CDET, tu deviens secrétaire et ton épouse, Gisèle, trésorière. Quelle place a tenu le tennis pour elle ?

- JM.D. : Quand en 1982, mon épouse me rejoint au comité directeur du CDET, elle était depuis longtemps sensibilisée au monde du tennis. Je citais très souvent mes collègues du comité directeur, voire de la ligue. Nous commentions aussi les victoires et les défaites de notre fille classée 4/6, en division 2 nationale avec Evreux AC. Nos 2 garçons étant majeurs, plus rien ne la retenait à la maison les soirs de réunions à Poses. C’est donc avec plaisir, qu’elle accepte le poste de trésorière devenu vacant. Elle changeait d’ambiance en s’éloignant de ses fonctions de Maire adjointe, chargée de l’action sociale au Neubourg et vice-présidente de la communauté de communes du Plateau. Mais peut être voulait elle encore me surveiller ?


* B.V. : Quelle est ta motivation lorsque tu te présentes à la présidence du Comité de l’Eure en 1996, après les 3 mandats d’Alain Fournols ?

- JM.D. : Je n’avais aucune motivation. Alain Fournols m’a incité à prendre sa succession affirmant qu’étant retraité, je remplissais la condition idéale pour être Président ! Dès ma prise de fonction, mon souci principal fut de visiter tous les clubs du département (il a fallu 2 années), dialoguant librement avec les présidents, heureux d’être invité dans leur club. Je notais chaque fois discrètement les « moniteurs »de toutes les écoles de tennis sur mon carnet secret (chut !).


* B.V. : A l’AG du 28/10/2000 à Evreux, tu es réélu à l’unanimité pour un 2e mandat de président du CDET. La saison 2000 est positive, avec enfin une remontée des licences, une progression de 12% des jeunes inscrits au championnat individuel de l’Eure (914), un agent d’animation Mickael Hoffman, une diffusion du bulletin « Le Serv’Eure » et de l’informatique. Comment évalues-tu ce 2e mandat par rapport au 1er ?

- JM.D. : Pour les licences, l’époque fut favorable à une remontée. La ligue et la fédération l’ont enregistré aussi. Le baby-boom des inscriptions des jeunes dans les compétitions est certainement dû aux efforts de la commission. L’agent d’animation, en soulageant le travail du secrétariat a favorisé notre bulletin « Serv’Eur » et activé l’entrée de l’informatique, mais cela a du se passer ailleurs.


* B.V. : En 1998, sous ta présidence, Olivier Patience, d’Evreux AC est encore champion de Normandie, en 17-18 ans. Il s’illustrera plus tard au Tournoi de Roland-Garros. Est-il le jeune de l’Eure le plus brillant que tu as connu et quels sont les autres qui t’ont également impressionnés ?

- JM.D. : Si Olivier Patience a brillé, le club d’Evreux AC et l’entraineur Olivier Rothwell l’ont certainement aidé dans sa réussite. Je n’ai retenu que Proisy parmi les bons joueurs de l’Eure, mais à l’époque, il n’était plus très jeune ! J’ai par contre toujours admiré une « ancienne jeune » Cocod Valére, championne de France et membre de l’équipe de France en Seniors.


* B.V. : De tes 8 saisons de président du Comité de l’Eure, que retiens-tu dans le chapitre des réussites et dans celui des déceptions ?

- JM.D. : Ma satisfaction : avoir partagé avec des personnes de milieux différents, le plus souvent désintéressées, dans le département, la ligue, la fédération même, cet engagement pour que le tennis trouve une place de choix. Ma déception vient des jeunes ; les efforts financiers importants du comité n’ont pas donné les beaux résultats escomptés, malgré la valeur des cadres. Tant que des résultats flatteurs sont obtenus, le jeune, fier d’appartenir au groupe des sélectionnés, conserve son enthousiasme. Mais viennent inéluctablement les premiers échecs, le doute s’installe. Si la motivation, l’ambition, la volonté de se surpasser font défaut, si le soutien des parents n’est pas à la hauteur, le jeune désabusé peut faire d’autres choix. C’est peut-être dû à la jeunesse des enfants, mais il parait que les grands champions ont tous commencé au berceau ! Le déchet est conséquent !


* B.V. : Tu as bien connu, Jean Bréchon, président de la Ligue de Normandie pendant 26 ans, de 1987 à 1993. Quelle était ta relation avec lui et comment caractérise-tu son bilan ?

- JM.D. : Mes relations avec Jean Bréchon ont été courtoises. Ce fut un Président ayant une grande connaissance des dessous du tennis. Il avait même brigué la place de président de la Fédération (battu par Philippe Chatrier) et avait dû se contenter de la vice-présidence. Très directif, les AG de la ligue étaient très calmes et n’étaient souvent qu’un monologue (il est vrai que manquaient les remarques de Bernard Vannier pour les rendre plus vivantes !). Je lui dois, après une AG de la Ligue à Caen, au cours du repas qui a suivi, dans un restaurant près du stade Malherbe, d’avoir été pressenti pour devenir président de la commission des vétérans de la ligue, après le décès de Jean Simon. Comme je lui faisais remarquer que je craignais de n’être pas à la hauteur, j’eus droit à cette réponse : « seuls ceux qui ne font rien, ne peuvent se tromper » ! Encouragé, j’acceptais.


* B.V. : Quels souvenirs gardes-tu des AG de la FFT, auxquelles tu assistes comme président de Comité Départemental et as-tu la sensation que les plus hautes instances fédérales ont conscience de la situation dans les clubs, « sur le terrain » ?

- JM.D. : L’AG de la Fédération reste la plus grande messe, indispensable, du tennis national. ll est utile d’y être, pour permettre des échanges fructueux à tous les niveaux. Les fédérés informent les ligues et les départements des grandes lignes de la politique nationale et internationale, des événements, des projets. En échanges, ceux-ci font remonter les besoins de la base. Tout est dit, discuté, enregistré. Il faudra attendre que la digestion se fasse. C’est là aussi que les ligues et les départements peuvent discuter de leurs problèmes et échanger éventuellement leurs recettes.


* B.V. : En 1991, Philippe Bréchon devient l’entraineur départemental de l’Eure, à mi-temps avec Joël Thénard. Cette division de la mission d’entraineur sur deux techniciens ne complique-t-elle pas leur tâche ?

- JM.D. : Bien sûr, deux cadres exerçant à mi-temps ont dû souvent se rencontrer pour garder une ligne directrice commune. De là, à penser que cela a pu diminuer les chances des petits eurois. Je ne sais pas. Je pense que la ligue a vu une opportunité pour soulager Joël Thénard des déplacements anormaux qu’il devait effectuer pour se rendre dans l’Orne (300 km aller –retour). Il habitait au sud de la Seine-Maritime, tout près de l’Eure. C’est l’aspect humain qui l’a emporté.


* B.V : Lors de la retraite de Philippe Bréchon en 2011, alors à temps plein, j’ai plusieurs fois manifesté lors des réunions du CD, appuyé par Jean Paul Quéval, mon désaccord sur son remplacement par un moniteur à mi-temps, correspondant à une forte régression, peu propice au bon développement du tennis dans l’Eure. Qu’en penses-tu ?

- JM.D. :



* B.V. : Comment juges-tu l’évolution du tennis depuis 30 ans, sur le plan régional et sur le plan national ?

- JM.D. : Le tennis a certes gagné en pratiquants, en connaisseurs, mais le niveau de nos représentants normands ou nationaux semble en baisse. Nous avons de bons techniciens, capables d’un exploit, mais l’enchainement ne suit pas. Déjà blasés ?


* B.V. : Le cofondateur du club de tennis de Gisors, enseignant comme toi, notre ami André Bénazet est décédé. Quel souvenir gardes-tu de lui ?

- JM.D. : André Bénazet fut, avec toi, l’autre pilier fondateur du club de Gisors. J’avais l’intention de le mentionner, lors de l’inauguration du court qui porte ton nom, mais après les longs discours des notables, personne ne m’ayant invité à parler, je suis resté avec un parchemin dans la poche. Je revois encore André, de permanence un soir, dans un gymnase, corriger ses copies. Grace à lui, sans se déplacer, les gens de Gisors ont eu le privilège de connaitre le chant des cigales et de découvrir r le parfum des champs de lavande.

* B.V. : Pourquoi, à l’AG de fin 2004, laisses-tu ta place de président du CDET à Jean Paul Quéval, alors que tu restes actif au sein de ce comité ?

- JM.D. : Fin 2004, j’ai laissé la présidence, parce que mon physique ne suivait plus : mon ouïe avait bien baissé. Comment diriger une réunion quand une partie de la discussion t’échappe ! D’autre part, ma hanche gauche me taquinait, avec les conséquences que tu as connues. J’ai préféré me retirer avant d’être soupçonné de m’accrocher au titre. Sans ces anomalies, j’aurais sans doute enchainé avec un ou deux mandats supplémentaires. Comme la vie du comité continuait de m’intéresser, je suis tout de même resté membre. J’ai choisi Jean Paul Quéval pour me succéder, car jeune Conseiller Technique Régional retraité, je pensais que ses connaissances des jeunes seraient très utiles au département. Connaissant très bien Philippe Bréchon, il serait capable de maitriser ses initiatives, même lorsqu’une ligne budgétaire n’existait pas ! Jérôme Grenier, qui espérait être choisi, a du être déçu, mais 8 années de maturité n’ont pu que l’améliorer. Il est en place et pour longtemps !


* B.V. : Nous avons souvent regretté, lors des réunions du Comité Directeur du CDET, l’annulation des tableaux féminins, chez les jeunes comme chez les adultes, lors des tournois des clubs de l’Eure, faute d’inscrits. Quelle appréciation as-tu sur la place du tennis féminin ?

- JM.D. : La participation féminine à la compétition n’a pas été très massive à mes débuts. Ce sport inconnu suscitait bien des remarques. Une maman, qui avait inscrit sa fille à l’école de tennis m’avait avoué craindre une déformation du bras à la longue ! Pour les encourager, dans les tournois que j’organisais, les phases préliminaires se déroulaient par poules. Avec le temps tout évolue. Je suis certain que le tennis féminin trouvera sa place peu à peu, comme le prouve la réussite médiatique du football féminin. Notre équipe de France vainqueur de la Fed Cup en 2019, parait un peu essoufflée, mais des relèves apparaissent (Burel, Ferro..). Espérons !


* B.V. : En ce début d’octobre 2020, avec le retour des contraintes des barrières préventives à la diffusion du Covid 19 et d’un tournoi de Roland-Garros réduit à 1000 spectateurs par jour au lieu des 30.000 habituels, comment imagines-tu l’avenir du tennis et en particulier des clubs normands ?

- JM.D. : Je ne peux imaginer un retour rapide à la normale. Médecins et biologistes hésitent mais nous laissent peu d’espoir. Je pense qu’en Normandie, dans les secteurs peu contaminés (ce qui exclut les grosses agglomérations), une survie de la compétition est possible, en salle, avec des règles strictes et à l’extérieur à chaque fois que cela sera possible, ce qui donnera une nouvelle vie à nos courts extérieurs. Les concepteurs de Poses étaient-ils visionnaires ?


* B.V. : Quels sont tes joueuses et joueurs préférés aux niveaux national et mondial ?

- JM.D. : Au niveau international, pas de surprise avec la trilogie Djokovic, Federer, Nadal et Tsitipas. Pour la France, une lueur d’espoirs avec Gaston et Humbert


* B.V. : Merci à Jean Marie Desbons pour avoir toujours contribuer au développement du tennis dans l’Eure, avec sincérité, compétence, dévouement et sourire.

- JM.D. : Merci pour ta conclusion, cela réchauffe le cœur.


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